Plénière, Assises du bien-vieillir,ARRAS 26, Territoires préventifs : une nouvelle culture du vieillissement

Ce que nous avons retenu de la table ronde
Lors de la plénière « Territoires préventifs : une nouvelle culture du vieillissement », organisée dans le cadre des 10es Assises du bien-vieillir à Arras, les échanges ont fait émerger une conviction partagée : la prévention ne peut pas se réduire à une juxtaposition d’actions. Elle doit devenir une véritable culture collective, construite avec les habitants et ancrée dans les réalités de chaque territoire.
Autour de la table, les regards se sont croisés entre institutions, santé publique, recherche, psychologie, soutien aux aidants, innovation territoriale et évaluation des pratiques. Ont participé à cette réflexion :
Frédérique Garlaud, directrice de l’action sanitaire et sociale de la Caisse nationale de l’Assurance retraite, grand témoin de la table ronde.
Dr Marie-Marguerite Defebvre, médecin de santé publique, chargée de mission vieillissement et médecin conseiller DAC, au sein de l’ARS Hauts-de-France.
Pr Éric Boulanger, professeur de médecine et de biologie du vieillissement au CHU et à l’Université de Lille.
Marie-Victoire Chopin, docteure en psychologie et en sciences du langage, psychologue clinicienne, AP-HA.
Samuel Bosc, Directeur l’Association Française des Aidants.
Sarah Saliou, coordinatrice du Tiers-Lieu d’Expérimentation Rural Innov Santé Sénior, le RI2S.
Benjamin Leroux, représentant du Centre de ressources et de preuves de la CNSA, dédié à la prévention de la perte d’autonomie.
Faire de la prévention la première étape des parcours
Prévenir la perte d’autonomie, ce n’est pas seulement agir sur la mobilité, la nutrition, l’activité physique ou les chutes. C’est aussi préserver la santé mentale et le lien social, lutter contre l’isolement, faciliter l’accès aux soins, accompagner les proches aidants et donner aux personnes les moyens de rester actrices de leur vie.
Frédérique Garlaud a posé le cadre d’une prévention qui doit devenir la première brique des parcours de santé et d’autonomie. Cette ambition suppose de renforcer les coopérations entre institutions, collectivités, professionnels, associations et habitants, afin que les réponses soient plus lisibles et mieux coordonnées.
Le Dr Marie-Marguerite Defebvre a notamment permis de rappeler l’importance des politiques territoriales de prévention, dans une région marquée à la fois par le vieillissement de la population et par de fortes inégalités sanitaires et sociales. Repérer tôt, orienter efficacement et éviter les ruptures de parcours constituent des conditions essentielles pour faire évoluer les pratiques.
Repérer les fragilités et agir
Le Pr Éric Boulanger a mis en lumière l’intérêt du repérage précoce de la préfragilité et de la fragilité, notamment à travers l’approche tempoforme®. L’enjeu n’est toutefois pas de produire un simple diagnostic ou d’ajouter un outil numérique : le repérage doit conduire à une réponse réelle, personnalisée, accessible et coordonnée avec les ressources du territoire.
Cette prévention doit également intégrer pleinement la santé mentale. Marie-Victoire Chopin a invité à mieux prendre en compte les situations de souffrance psychique, les effets de l’isolement, les transitions de vie et les risques de rupture, particulièrement dans les territoires où l’accès aux médecins, gériatres et professionnels de psychiatrie demeure difficile;
Soutenir les aidants et l’innovation utile
Samuel Bosc a rappelé que les proches aidants sont souvent indispensables au quotidien, tout en étant eux-mêmes exposés à l’épuisement, à l’isolement et au renoncement à leurs propres besoins. Prévenir suppose donc aussi d’informer les aidants, de les repérer plus tôt, de leur proposer des espaces d’écoute, de formation et de répit, afin qu’ils puissent demeurer des proches sans devenir invisibles ou fragilisés.
Sarah Saliou a apporté l’expérience concrète du RI2S, en soulignant le potentiel du numérique dans les territoires ruraux : faciliter l’accès à l’information, aux professionnels, aux services et au lien social. Mais l’innovation ne peut être pertinente que si elle répond à un besoin réel, qu’elle est accompagnée humainement et qu’elle ne renforce pas les exclusions liées à la fracture numérique.
Enfin, Benjamin Leroux a souligné l’importance de fonder les politiques de prévention sur des connaissances étayées, des actions évaluées et l’expérience des personnes concernées. Évaluer, ce n’est pas seulement compter le nombre de participants : c’est comprendre quels effets une action produit, pour quels publics, dans quelles conditions et avec quelles possibilités de déploiement.
Une approche profondément humaine
En conclusion, un territoire préventif ne se mesure pas seulement au nombre d’actions qu’il propose. Il se reconnaît à sa capacité à anticiper les fragilités, à aller vers les personnes les plus éloignées des dispositifs, à articuler les professionnels et les institutions, à soutenir les aidants et à donner une suite concrète aux besoins repérés.
La prévention doit avant tout rester une démarche humaine : écouter les personnes âgées, respecter leurs choix, leurs rythmes, leurs priorités et leur pouvoir d’agir. Prévenir, ce n’est pas faire à la place ; c’est créer les conditions pour que chacun puisse rester acteur de sa santé, de son parcours et de sa place dans la société.