Aides à domicile : les données de la Drees confortent les constats de l’enquête FESP

Aides à domicile : les données de la Drees confortent les constats de l’enquête FESP
Par Delphine Dupré-Lévêque, docteure en anthropologie, présidente d’Ilex Formation & Consulting
L’étude publiée par la Drees le 21 octobre 2026 sur les conditions de travail des aides à domicile fait écho aux résultats de la recherche que j’ai conduite pour la FESP, avec le soutien de la CNSA et de Xelya. Horaires contraignants, engagement relationnel fort, risque d’usure : ces travaux, menés à des échelles différentes, confortent une même orientation. Pour améliorer durablement l’accompagnement à domicile, il faut aussi soutenir les professionnels et agir sur l’organisation de leur travail.
Des horaires qui pèsent sur le quotidien
Selon la Drees, 466 000 personnes exercent comme aides à domicile dans leur emploi principal en France, hors Mayotte, en 2023. Parmi elles, 94% sont des femmes et 74% travaillent à temps partiel, le plus souvent subi. Chez les salariées des secteurs public et privé, hors particuliers employeurs, 47% ont des horaires variables d’une semaine à l’autre et seules 19% peuvent choisir, au moins partiellement, leurs horaires.
L’enquête FESP apporte un éclairage complémentaire sur ces contraintes : parmi les 215 auxiliaires de vie interrogées, 71% jugent les changements d’emploi du temps insuffisamment anticipés et 60% estiment que leurs horaires ne respectent pas leur vie personnelle. Du côté de l’encadrement, 80% des responsables de structure considèrent les remplacements comme problématiques. Derrière les plannings se joue donc un équilibre difficile entre besoins des personnes accompagnées, continuité du service et vie personnelle des professionnelles.
Un travail utile, mais un collectif à renforcer
La Drees souligne la force du sentiment d’utilité : 74% des aides à domicile ont toujours l’impression de faire un travail utile aux autres, contre 41% de l’ensemble des salariés. Dans notre enquête, 81% citent le sentiment d’utilité parmi les aspects positifs du métier et 80% mettent en avant la qualité du contact humain. Sans être directement comparables, ces indicateurs témoignent de la place centrale de la relation dans l’engagement professionnel.
Cet engagement ne doit cependant pas masquer l’isolement. La Drees relève une moindre charge mentale déclarée sur certains indicateurs, notamment le travail sous pression. Notre recherche montre, en complément, des besoins de soutien collectif : 63% des auxiliaires interrogées ne bénéficient pas de réunions d’équipe régulières et 70% estiment que les informations circulent mal lors des remplacements. L’autonomie au domicile ne devrait pas signifier devoir affronter seule les situations complexes.
Prévenir l’usure et organiser la bientraitance
La pénibilité physique est particulièrement marquée : selon la Drees, 83% des aides à domicile effectuent des mouvements douloureux ou fatigants, 66% portent ou déplacent des charges lourdes et seules 39% se sentent capables de poursuivre le même travail jusqu’à la retraite. Ces résultats soulignent l’importance de prévenir l’usure, dans un secteur où 95% des dirigeants interrogés par la FESP déclarent de grandes difficultés à recruter des auxiliaires de vie qualifiées.
Notre enquête, qui croise les regards des professionnels, des personnes accompagnées et des proches aidants, n’a pas la portée représentative d’une étude nationale. Elle permet néanmoins de mieux comprendre les difficultés du terrain et les leviers proposés par les acteurs. Elle rappelle notamment que la bientraitance ne relève pas seulement d’une posture individuelle : elle doit être soutenue par la formation, des transmissions fiables, une coordination effective et des espaces de réflexion collective. La Charte éthique et bientraitance de la FESP, élaborée à partir de ces travaux, traduit cette ambition en engagements partagés.
Diffuser largement l’enquête sur les horaires pour construire des réponses adaptées
Ces constats renforcent l’intérêt de l’enquête sur les horaires de travail portée par Ilex Formation & Consulting et Vocation Auxiliaire. Destinée aux auxiliaires de vie des services à domicile et à l’ensemble des professionnels des EHPAD, elle vise à recueillir leurs expériences et leurs attentes pour identifier des organisations conciliant mieux vie professionnelle, vie personnelle et qualité de l’accompagnement.
Diffuser massivement ce questionnaire auprès des équipes constitue une manière concrète de prolonger cette réflexion. Dirigeants, responsables de secteur et réseaux professionnels peuvent contribuer à recueillir une diversité de situations et de besoins. Une participation importante ne garantit pas, à elle seule, la représentativité des résultats, mais elle peut enrichir la compréhension des réalités vécues. L’enjeu est de ne pas décider des horaires souhaitables à la place des professionnels, mais de partir de leur parole pour construire, avec eux, des solutions adaptées.