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Ta blouse me donne le Blues (épisode 2, NL Géroscopie oct 2026)

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EHPAD / TRANSFORMATION

« Ta blouse me donne le Blues ! » (épisode 2/2)

L’avenir des établissements pour personnes âgées passe par leur mutation profonde : vieillissement démographique, intensification des besoins d’accompagnement, crise d’attractivité du secteur et attentes croissantes des familles imposent de sortir d’une vision purement gestionnaire pour construire de vrais lieux de vie, de soins et d’hospitalité. Suite et fin de notre entretien sur l’avenir des Ehpad avec Delphine Dupré-Lévêque, anthropologue et experte du grand âge.

● « Ta blouse me donne le Blues ! »… Que voulez-vous dire par là ?
Que la lutte contre les pratiques qui conduisent à la dépendance iatrogène nécessite une déconstruction lente d’une partie des enseignements issus de la formation initiale fondée sur le monde hospitalier.Qu’il est nécessaire avec plus de 400 000 salariés en Ehpad de créer une formation spécifique à l’accompagnement pour le maintien de l’autonomie avec un module sur la spécificité des organisations: de la direction aux ASH, tout le monde devrait être formé.Qu’un senior n’est pas une personne à la place de laquelle on décide : c’est un sujet de droits, de choix et d’expression, même lorsque ses capacités sont fragilisées. Ce principe doit s’appliquer aux soins, bien sûr, mais aussi aux activités, aux relations, à la citoyenneté, aux mobilités, aux repas, au quotidien et à l’organisation du lieu de vie.L’accompagnement des habitants doit encourager et soutenir leur autonomie fonctionnelle autant que leur autonomie décisionnelle.

● Et les familles dans tout ça?Contrairement à une idée très répandue, l’entrée en établissement ne change pas la fréquence des relations familiales. Quand les familles sont proches, avec des relations fréquentes à domicile, celles-ci vont perdurer lors de l’entrée en Ehpad. Par contre, les habitants qui n’ont que peu de relations ne vont pas les faire renaître du fait de l’institutionnalisation.Un accueil réussi comprend évidemment aussi l’accueil de la famille : elle doit se sentir intégrée dès le départ avec toutes ses attentes et la prise en compte de ses angoisses et du sentiment de culpabilité notamment. Plus les équipes favorisent leur participation, plus les proches s’impliquent et participent aux temps de vie.Cette présence familiale est essentielle, mais elle ne suffit pas à elle seule. Elle doit bien entendu s’articuler avec la présence des professionnels, des bénévoles et des partenaires du territoire. C’est cette combinaison qui donne de l’épaisseur humaine à l’accompagnement. Là encore, l’enjeu n’est pas de substituer un acteur à un autre, mais de construire une relation de confiance, une alliance dans l’accompagnement.Dans un contexte où les proches aidants sont eux-mêmes fragilisés, la question de leur soutien devient centrale. Leur présence et la continuité de leur présence est indispensable tout au long de l’accompagnement quelle que soit la nature de l’habitat de la personne accompagnée. C’est pourquoi, et je tiens à le rappeler, le projet personnalisé est composé de 3 volets : médical, social et aidant. Tout changement dans la nature et la fréquence de l’accompagnement de l’aidant doit être observé dans la durée. Les Ehpad ne sont pas une solution de relégation, mais une solution à un moment du parcours de vie, le plus souvent en fin de vie, où chaque personne doit être accompagnée avec respect et dignité en tenant compte de sa singularité.

● Attractivité, protection fonctionnelle… Quelle évolution pour les métiers du grand âge?Transformer les établissements, c’est aussi reconnaître la place des professionnels : aucun projet de transformation ne réussira sans eux. Leur travail est exigeant, physiquement éprouvant, émotionnellement intense et trop souvent insuffisamment reconnu.Les professionnels souffrent d’autant plus qu’ils ne sont pas assez bien formés et que leur autonomie décisionnelle n’est pas reconnue. Les organisations plus souples, plus autonomes répondent beaucoup mieux au jour le jour aux besoins et aux attentes des habitants. Pour autant, peu d’établissements s’engagent dans cette autonomisation des équipes.Les équipements qui réduisent la pénibilité doivent être mis, après formation, à disposition des professionnels. De plus, ces derniers doivent être formés aux approches non médicamenteuses.Cette dimension est décisive. On ne peut pas demander de la bientraitance sans donner aux équipes les moyens de la rendre possible. Un établissement de qualité est un lieu où les professionnels peuvent travailler sans s’épuiser, sans s’abîmer et sans perdre le sens de leur métier.

● Quel coût pour cette transformation ? Comment la financer ?Le modèle actuel, fondé sur une architecture en trois sections, apparaît trop fragmenté, trop complexe et de moins en moins adapté aux missions réelles. Le rapport de l’HCFEA, comme d’autres d’ailleurs, propose de simplifier le financement, notamment par la fusion des sections soins et dépendance, afin de mieux aligner les ressources sur les besoins.Ce rapport pointe aussi les limites des outils actuels d’allocation des ressources, qui ne rendent plus suffisamment compte des évolutions des résidents, ni des missions exercées. Surtout, il rappelle que les besoins d’investissement pour le bâti, le numérique et l’adaptation des lieux de vie sont massifs et incontournables. Malgré tout, si cette modification des financements est nécessaire, elle n’empêche pas les établissements de se lancer dans la transition voire la mutation de l’accompagnement.

● En résumé, quel est le but recherché ?La mutation des Ehpad doit leur permettre de rester indispensables dans le système de l’autonomie, tout en devenant plus ouverts, plus souples et plus territoriaux : certes, ils accueilleront toujours une majorité de personnes très dépendantes, mais devront aussi conserver une certaine mixité des profils : PHV, PH, personnes isolées, «alternants» (PASA jour-nuit, CRT, etc.). Et c’est vital : ils devront mettre en place une nouvelle façon d’accompagner leurs habitants pour demeurer des lieux de vie attractifs.


 

 Des chiffres

Pour rappel,

55% des résidents en EHPAD sont en forte perte d'autonomie (GIR 1 ou 2), comme en 2019, ce qui signifie aussi que 45% des habitants sont GIR 3 à 6. Ce qui représente 36 résidents pour un établissement de 80 lits.11% ont moins de 75 ans. Cela représente 9 résidents en moyenne pour un établissement de 80 lits. 18% ont moins de 80 ans. Ce qui représente 15 résidents pour un établissement de 80 lits.Plus de la moitié des résidents en EHPAD (57%) sont atteints de maladies neuro-évolutives dont la maladie d'Alzheimer.

Ce qui représente 47 habitants pour un établissement de 80 lits.Près de 164 000 décès de personnes accueillies en hébergement permanent ont été enregistrés la même année. Ce qui signifie qu’il y a, en moyenne, 20 nouveaux arrivants chaque année et tout autant de décès pour un établissement de 80 lits.

Un séminaire pour aller plus loinPartenaire de Géroscopie, Delphine-Dupré-Lévêque est aussi la présidente fondatrice d’ILEX Formation & Consulting. Le 17 novembre 2026, elle organise à Bordeaux “un séminaire-formation pour passer à l’action” intitulé Faire de l’Ehpad un véritable chez-soi. Ce séminaire réunira des professionnels issus des secteurs public, associatif et privé : directeurs, directeurs adjoints, membres de CODIR, cadres de direction et de proximité, responsables hôteliers, responsables qualité, qualiticiens, référents juridiques et consultants en gérontologie. Ils prendront le temps de réfléchir ensemble à la transformation des Ehpad, d’identifier les leviers d’action et de repartir avec des repères directement utilisables dans leur établissement. Pour en savoir plus cliquer ici. 

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