Municipales 2026 : des majeurs sous tutelle incités à exercer leur droit de vote (LA CROIX)

Un résident de la maison d’accueil spécialisée de Dinan (Côtes-d’Armor) accompagné lors du scrutin de second tour des législatives de juin 2022. Martin Bertrand / Hans Lucas via AFP
À l’approche du second tour des municipales, dimanche 22 mars, le Cercle Vulnérabilités et société tente de mobiliser les structures médico-sociales pour qu’elles accompagnent leurs résidents qui le souhaitent jusqu’à l’isoloir. Les majeurs sous tutelle disposent du droit de vote depuis 2019, mais l’exercent peu.
Parmi les 800 000 à un million d’adultes actuellement placés sous tutelle en France, une bonne partie l’ignore encore : chacun d’entre eux, qu’il soit porteur d’un handicap mental, atteint d’une maladie neurodégénérative ou touché par un trouble du vieillissement, est attendu dans l’isoloir dimanche 22 mars pour le deuxième tour des élections municipales. Et ce quel que soit le « degré » de son handicap.
La loi les y autorise en effet depuis 2019, au nom de l’affirmation de leur pleine citoyenneté et du refus d’une vision capacitaire du vote, qui serait un privilège réservé aux personnes en pleine possession de leurs facultés. Auparavant, le droit de vote des majeurs protégés était soumis à une décision du juge des tutelles. Et avant 2005, ce droit n’existait tout simplement pas pour eux.
Un droit méconnu et peu exercé
Dès l’annonce de ce changement, en 2018, l’Unapei (l’Union nationale des associations de parents, de personnes handicapées mentales et de leurs amis) avait prévenu : « Nous ne pouvons qu’applaudir, mais nous resterons vigilants à ce qu’un réel accompagnement à la citoyenneté soit proposé aux personnes concernées. » Huit ans plus tard, les craintes des associations semblent s’être confirmées : ce droit reste méconnu et très peu exercé.
C’est ce qui a poussé le Cercle Vulnérabilités et société, pour ces élections municipales, à mettre à disposition des structures sociales et médico-sociales un kit intitulé « Ma voix compte 2026 ». Ce fascicule de douze pages vise à outiller ces professionnels pour « motiver les personnes en situation de fragilité mentale à exercer leur citoyenneté ».
« Le but n’est surtout pas de pousser ces personnes à aller voter : seulement de les aider à l’envisager et de faciliter leur mise en mouvement », précise le président fondateur de ce think tank, Édouard de Hennezel. Il estime que 200 à 250 établissements (Ehpad, structures pour adultes handicapés, etc.) se sont saisis de ce kit et ont suivi ses préconisations : organiser, pour les résidents, plusieurs réunions de sensibilisation (« Pourquoi voter », « Je me prépare à voter », « J’ai voté »).
« Dépasser la peur de ne pas y arriver »
« Cette question est trop souvent réduite à un enjeu pratique, au sein des établissements : on se demande uniquement comment on va accompagner ces personnes à leur bureau de vote le jour du scrutin », observe Delphine Dupré-Lévêque, anthropologue et consultante sur l’intégration des personnes âgées. « Mais c’est une démarche bien plus large : il faut intéresser les personnes aux enjeux du scrutin, les aider à dépasser leur peur de ne pas y arriver, de déranger, ainsi que leur sentiment de non-légitimité à donner leur avis. »
Avec une vigilance essentielle : ne pas influencer le vote de ces personnes vulnérables. En 2019, le législateur n’ignorait pas le risque de voir ces suffrages dévoyés, avec une pression mise sur le majeur sous tutelle par un membre de son entourage afin de le faire voter comme lui.
Une fois dans le bureau de vote, la personne protégée a le droit de demander de l’aide pour saisir le bulletin, le glisser dans l’enveloppe, placer l’enveloppe dans l’urne ou signer le registre. Mais cette assistance ne peut pas lui venir, prévoit la loi, de la personne chargée de sa protection, ni d’un membre du personnel de son établissement médico-social, ni non plus de son aide à domicile. Impossible également de leur donner procuration.
S’entraîner en choisissant le menu de Pâques
Le Cercle Vulnérabilités et société préconise par ailleurs d’entraîner les résidents sur un vote interne à organiser dans les mêmes conditions, pour qu’ils en connaissent le déroulement et aient déjà des points de repère clairs. Le thème de ce scrutin d’entraînement peut être le choix du menu de Pâques, celui de la prochaine sortie, ou décider quel nom donner au chat que l’établissement s’apprête à adopter. Un exercice à faire idéalement une semaine avant le scrutin – trop tard pour le deuxième tour des municipales donc, mais pas pour l’élection présidentielle de mai 2027.
« Au-delà du thème retenu, cela contribue surtout à créer une culture de la consultation démocratique au sein de ces établissements, et c’est très heureux », assure Delphine Dupré-Lévêque, qui a souvent aidé à en organiser ces dernières années. « Un jour, j’ai tendu une carte d’électeur à une dame âgée qui s’est mise à pleurer d’émotion ! Beaucoup n’avaient plus signé aucun document depuis des années… En consultant régulièrement l’avis de ces personnes, on les intègre concrètement à la vie citoyenne, et on crée pour elles une meilleure qualité de vie. » Par Mélinée Le Priol
Publié le 21 mars 2026, LA CROIX
