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Tous les soignants sont-ils maltraitants?

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Tous les soignants sont maltraitants ? 

Décryptage d’un enjeu collectif à partir des données DREES et du référentiel HAS

par

Delphine Dupré-Lévêque

| Expert gérontologie | Dr anthropologie santé | Présidente Ilex Formation & Consulting

21 juillet 2026

En France, la question de la lutte contre la maltraitance dans le secteur médico-social s’impose aujourd’hui comme un sujet central. Non pas parce qu’elle révélerait une dérive généralisée des professionnels, mais parce qu’elle met en lumière une réalité complexe, systémique, et encore insuffisamment structurée.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : près de 600 000 situations de maltraitance concernant des personnes de plus de 60 ans sont estimées chaque année, majoritairement sous forme passive – inattention à la souffrance (70 % des cas), négligences, ou gestes inadaptés. Dans le même temps, les travaux de la DREES indiquent que 75 % des soignants reconnaissent avoir déjà adopté, souvent sous contrainte, des comportements inappropriés (paroles maladroites, gestes brusques, omissions).

Faut-il en conclure que les soignants sont maltraitants ? Je ne le crois pas. Ce que ces données révèlent surtout, c’est l’absence d’un langage commun et d’outils partagés pour identifier, nommer, comprendre et prévenir ces situations.

 

Un constat lucide : une réalité quotidienne encore sous-estimée

Lorsque l’on regarde de près les analyses récentes, notamment les inspections menées en 2024, un élément ressort clairement : 96 % des EHPAD présentent des axes d’amélioration, dont 70 % avec des risques de maltraitance identifiés.

Ces chiffres ne traduisent pas une défaillance individuelle, mais plutôt une tension structurelle entre exigences de qualité, contraintes humaines et organisationnelles.

Dans les faits, la maltraitance est rarement intentionnelle. Elle s’exprime souvent de manière diffuse :

  • une plainte non entendue,
  • un soin réalisé trop rapidement,
  • une communication inadaptée,
  • un manque de disponibilité lié au sous-effectif. 
Autant de situations où la frontière entre contrainte professionnelle et risque de maltraitance devient floue.

La hausse de +40 % des signalements depuis l’affaire Orpea montre également une évolution importante : les famille comme les équipes parlent davantage, les situations remontent, et les organisations prennent conscience de leur rôle.

 

 

Le tournant réglementaire : structurer la bientraitance avec le référentiel HAS 2025

Face à ces constats, le cadre réglementaire a fortement évolué.

La loi 2002-2, a posé les bases des droits des usagers, de la qualité de l’accompagnement et de la prévention des situations de maltraitance, avec une traduction attendue dans le projet personnalisé et le projet d’établissement.

Mais c’est surtout le référentiel HAS 2025 qui marque un tournant opérationnel majeur. Il demande une organisation explicite de la bientraitance et de la gestion des signaux de matraitance qui s'appuie notamment sur : 

  • la formation de l’ensemble des professionnels à la bientraitance,
  • la désignation d’un référent maltraitance/bientraitance,
  • la mise en place de dispositifs de repérage et de signalement structurés.
Sans ces éléments, les établissements s’exposent à des non-conformités majeures, pouvant aller jusqu’à des sanctions (55 en 2024).

Ce cadre ne vise pas à sanctionner, mais à outiller les équipes pour agir de manière cohérente et collective.

 

Le véritable levier : construire un langage commun pour mieux agir 

Dans mon expérience, le point de bascule ne se situe pas dans la multiplication des procédures, mais dans la capacité des équipes à partager une lecture commune des situations.

Lorsque les équipes disposent d’un langage partagé : 

  • elles identifient plus tôt les situations à risque,
  • elles échangent plus facilement entre elles,
  • elles passent d’une logique de culpabilité à une logique d’amélioration continue.
 

Des bénéfices concrets pour les équipes et les résidents 

Les établissements qui structurent cette approche observent des résultats très concrets. 

La mise en place d’ateliers d’analyse de pratiques, d’outils de signalement précoce et de formations ciblées permet de réduire les incidents de 30 à 50 %.

Mais au-delà des chiffres, les effets sont visibles au quotidien : 

  • des équipes plus alignées,
  • une communication plus fluide,
  • une diminution des tensions internes,
  • une meilleure qualité de relation avec les résidents et les familles
Le rôle du référent bientraitance est aussi déterminant. Il agit comme un point d’ancrage :

  • il harmonise les pratiques,
  • il accompagne les professionnels,
  • il facilite la détection et la mise en place d’actions correctives,
  • il protège les lanceurs d'alerte.
Surtout, il contribue à déculpabiliser les soignants, en replaçant les situations dans une logique d’apprentissage plutôt que de jugement.

 

Passer de la maltraitance subie à la bientraitance construite 

Ce que nous montre aujourd’hui le secteur, c’est que la bientraitance ne se décrète pas. Elle se construit.

Elle repose sur des actions simples mais structurantes :

  • des formations courtes et régulières,
  • des protocoles partagés et compris de tous,
  • une traçabilité des situations,
  • des temps d’échange collectifs.
  • une réflexion éthique
Ce sont ces éléments qui permettent de transformer progressivement les pratiques et d’inscrire la bientraitance dans le quotidien.

 

Former pour agir : une démarche concrète au service des établissements

Dans cette dynamique, j’accompagne les établissements à structurer leur démarche à travers des formations opérationnelles.

Chez ILEX Formation & Consulting, nous proposons notamment :

  • des formats courts (6h) et approfondis (2 jours),
  • une formation dédiée “Référent Maltraitance/Bientraitance en EHPAD” (3h en visioconférence, conforme aux exigences HAS),
  • des contenus centrés sur le langage commun, le repérage précis et les outils concrets d’action.
L’objectif est clair : permettre aux équipes de passer à l’action rapidement, tout en améliorant durablement la qualité de vie des résidents et des professionnels.

 

Conclusion : changer le regard pour transformer les pratiques 

Alors, tous les soignants sont-ils maltraitants ? La réalité est plus nuancée.

Ce que nous observons aujourd’hui, c’est surtout un secteur en transition, qui prend conscience de ses enjeux et se dote progressivement des moyens d’y répondre. 

Le véritable enjeu n’est pas de désigner, mais de comprendre, structurer et agir collectivement.

Et si une chose fait réellement la différence, c’est celle-ci : un langage commun, partagé par tous, pour reconnaître, prévenir et améliorer en continu. 

C’est à partir de là que la bientraitance cesse d’être un concept… pour devenir une réalité quotidienne, une culture.

Delphine Dupré-Lévêque - Ilex Formation & Consulting