Ehpad : ce que révèlent les nouvelles données DREES sur l’emploi et les profils des résidents

Ehpad : ce que révèlent les nouvelles données DREES sur l’emploi et les profils des résidents
28 juillet 2026 — ILEX Formation & Consulting
La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) vient de publier les données actualisées de la base interadministrative des établissements et services médico-sociaux (Badiane), couvrant la période 2019 à 2023[1]. Cette base annuelle, à vocation d’études et de recherche, rassemble des informations sur le fonctionnement, l’activité, le personnel et les résidents de chaque Ehpad. Au-delà des grandes tendances déjà connues, deux enseignements méritent une lecture attentive : la persistance des difficultés de recrutement, et une réalité démographique des résidents plus contrastée qu’on ne le pense souvent.
Un secteur qui se contracte légèrement
En 2023, la France compte 7 400 Ehpad, qui accueillent 590 800 résidents, contre 593 600 en 2022[2]. Du côté des effectifs, après une période de stabilisation entre 2020 et 2022 (environ 411 000 équivalents temps plein), le nombre de professionnels en ETP recule en 2023 pour s’établir à 396 500. Cette baisse conjointe du nombre de résidents et du nombre de professionnels traduit des tensions structurelles qui dépassent la seule conjoncture.
Emploi vacant : une fragilité durable du secteur
Le point le plus préoccupant concerne le recrutement. Au total, 22 060 emplois en équivalent temps plein restent vacants depuis au moins six mois dans les Ehpad, soit 5,3 % des emplois du secteur[3]. Ce taux varie fortement selon le statut juridique de l’établissement :
• Ehpad privés à but lucratif : 6 680 postes vacants, soit 7,4 % des emplois
• Ehpad privés à but non lucratif : 7 400 postes vacants, soit 6,4 %
• Ehpad publics hospitaliers : 3 600 postes vacants, soit 4,0 %
• Ehpad publics non hospitaliers : 4 380 postes vacants, soit 3,3 %
Le secteur privé lucratif apparaît ainsi comme le plus exposé aux tensions de recrutement, avec un taux de vacance plus de deux fois supérieur à celui du public non hospitalier. Ces chiffres se doublent d’autres indicateurs de fragilité de l’encadrement : en 2023, seule la moitié des Ehpad publics non hospitaliers emploient un effectif de médecins coordonnateurs conforme à la réglementation, contre 73 % des Ehpad privés à but lucratif. À l’inverse, plus de la moitié des Ehpad publics disposent d’une infirmière présente la nuit (58 %), contre seulement un tiers dans les autres statuts.
Ces données confirment ce que beaucoup de directions d’établissement observent au quotidien : la difficulté à pourvoir durablement certains postes ne relève pas d’un problème conjoncturel, mais d’un enjeu d’attractivité structurel des métiers du grand âge, qui appelle des réponses en matière de formation, de conditions de travail et de perspectives professionnelles.
Une population de résidents plus hétérogène qu’on ne l’imagine
Le second enseignement, moins souvent mis en avant, concerne le profil de dépendance des résidents. Selon l’enquête EHPA 2023 de la DREES, 55 % des résidents d’Ehpad sont classés en GIR 1 ou 2, c’est-à-dire en forte perte d’autonomie, tandis que 45 % relèvent des GIR 3 à 6, correspondant à des niveaux d’autonomie plus élevés[4].
Autrement dit, près d’un résident sur deux ne correspond pas au profil de dépendance sévère et de fin de vie que l’image collective associe spontanément à l’Ehpad. Cette réalité invite à interroger nos modèles d’accompagnement : peut-on continuer à organiser le soin, l’animation et le projet de vie principalement autour des besoins en soin des résidents les plus dépendants, alors que près de la moitié des personnes accueillies conservent une autonomie fonctionnelle réelle ?
Cette question n’est pas seulement organisationnelle, elle est aussi éthique. Penser l’accompagnement de façon différenciée — par exemple en distinguant des espaces, des rythmes et des activités adaptés aux résidents plus autonomes plutôt que de standardiser les réponses sur le modèle du soin lourd — pourrait à la fois mieux respecter les capacités et les attentes de chacun, et contribuer à redonner du sens et de l’attractivité aux métiers d’accompagnement. Passer réellement d’une prise en charge à une prise en soin. Ce n’est pas seulement un changement de vocabulaire, c’est aussi un changement de prisme.
Ce que ces données nous disent lorsqu’on les lit ensemble
Les deux constats se rejoignent. D’un côté, un secteur qui peine à recruter et à stabiliser ses équipes, avec un taux de vacance de poste qui reste élevé, en particulier dans le privé lucratif. De l’autre, une population de résidents dont la diversité des profils de dépendance est souvent sous-estimée. Ensemble, ils dessinent une même conclusion : les réponses de demain ne pourront pas se limiter à recruter davantage sur un modèle inchangé. Elles supposent aussi de diversifier les organisations et les modes d’accompagnement — accueil de jour, habitat inclusif, Ehpad « hors les murs » — pour mieux correspondre à la réalité des publics accueillis, tout en rendant les métiers du grand âge plus attractifs.
C'est précisément ce à quoi j'accompagne les directions et les équipes d'Ehpad avec ILEX Formation & Consulting : repenser les modèles d'accompagnement, former les équipes à cette diversité de profils, et construire des organisations qui tiennent compte de la réalité de vos habitants, pas seulement de l'image qu'on s'en fait. Si ce sujet résonne avec vos préoccupations actuelles, parlons-en!
[1]DREES, Base de données interadministrative des établissements et services médico-sociaux (Badiane), données 2019-2023, drees.solidarites-sante.gouv.fr/sources-outils-et-enquetes/badiane-base-interadministrative-annuelle-des-esms
[2]DREES, Base de données interadministrative des établissements et services médico-sociaux (Badiane), données 2019-2023, drees.solidarites-sante.gouv.fr/sources-outils-et-enquetes/badiane-base-interadministrative-annuelle-des-esms
[3]DREES, Base de données interadministrative des établissements et services médico-sociaux (Badiane), données 2019-2023, drees.solidarites-sante.gouv.fr/sources-outils-et-enquetes/badiane-base-interadministrative-annuelle-des-esms
[4]DREES, Enquête EHPA 2023, Établissements d’hébergement pour personnes âgées, drees.solidarites-sante.gouv.fr/sites/default/files/2025-11/ER 1351 EHPA-MEL.pdf